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Est-ce que la jeunesse est dépolitisée ?

PROPOS SUR LA JEUNESSE

Bonne année (présidentielle), c’est le moment pour tous de concentrer nos esprits pendant quelques mois sur la plus importante échéance démocratique de notre République : l’élection présidentielle. Du côté militant, à gauche ou à droite, cette course a déjà débuté depuis de longs mois. Et à gauche comme à droite, l’objectif est de gagner la voix des jeunes, afin de créer une nouvelle génération qui permettra de porter un projet politique dans le futur. Or il semble difficile de faire infuser différentes idéologies dans l’esprit des citoyens, mais surtout de construire l’acceptation d’un projet politique stable pour le pays à partir de la jeunesse. Ce problème est illustré par l’abstention, toujours plus forte à chaque élection, et s’intégrant structurellement dans notre vie démocratique. Aujourd’hui il est commun d’entendre que la jeunesse « s’en fout », mais est-elle dépolitisée ?

Pour moi « être politisé » n’a rien à voir avec le fait d’avoir un engagement politique. Pour être politisé il faut seulement avoir conscience de la politique. Il s’agit avant tout d’avoir un avis sur quelque chose. On peut être autant politisé en s’intéressant seulement à la vie de son quartier ou de son village, qu’en étant encarté dans un parti ou un syndicat. Se politiser c’est affirmer une position.

Malheureusement nous vivons dans une démocratie malade, elle peine à donner envie à sa jeunesse de s’exprimer par voie électorale. Dernièrement aux élections régionales de 2021 87% des 18-24 ans n’ont pas voté au premier tour. Au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, comme aux élections européennes de 2019, seul un petit tiers des 18-24 ans s’était rendu aux bureaux de vote. Selon Anne Muxel, directrice au Centre de recherches politiques de Sciences Po : « Pour la tranche 18-24 ans, quel que soit le type de scrutin, le taux, ces dernières années, est supérieur de dix points en moyenne à celui de l’ensemble de la population ». Concernant la présidentielle 2022, selon une Etude d’IPSOS-SOPRA pour LeMonde, seulement 39% des 18/24 ans disent être certains d’aller voter. Quelle est la légitimité des élus locaux ou nationaux dans une vie démocratique marquée par l’abstention ? Le vainqueur de l’élection présidentielle devra impérativement trouver un remède à cette crise démocratique. Et il ne suffira pas d’adopter une position moraliste en appelant à un devoir de citoyen auprès des jeunes, si l’infâme idéologie d’extrême-droite arrive une nouvelle fois au second tour, puisque les jeunes ne se lèveront pas plus qu’un autre jour d’élection pour aller aux urnes. L’abstention des jeunes est à prendre en compte. Et quelques mois avant l’élection présidentielle de 2002, alors que la structure sociale, la République, la planète, la paix entre les nations se fragilisent, nous ne pouvons pas nous passer de cette jeunesse boussole de l’avenir de notre pays qui exprime un mécontentement depuis plusieurs années.

Poser la question de la politisation des jeunes ne doit pas seulement s’arrêter aux élections. En effet la démocratie ne commence pas au matin d’une élection et ne se termine pas à la fin de la soirée spéciale avec Laurent Delahousse et Léa Salamé. La démocratie c’est le quotidien de tous. Et il est fort intéressant de voir la mobilisation des jeunes sur les réseaux sociaux lorsque des injustices sont constatées. Par exemple, lors des attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, nos photos de profils étaient décorées avec le drapeau français. Plus tard, lorsque George Floyd s’est fait lâchement assassiner par la police américaine, les jeunes français ont publié un carré noir sur Instagram, permettant aussi de donner la lumière à l’affaire Adama Traore, conduisant ainsi des milliers de jeunes d’Ile-de-France à manifester devant le Tribunal de Paris. Ou encore il faut considérer la pression mise par des jeunes sur les réseaux sociaux soutenu par Raphaël Glucksmann sur les entreprises exploitants des travailleurs Ouïgours. Dernièrement l’association écologiste « Notre Affaire À Tous » à l’aide de 2 millions de signature à réussi à faire condamner l’Etat par le tribunal administratif, ce dernier ordonnant à l’Etat au gouvernement de prendre « toutes les mesures utiles » pour « réparer le préjudice écologique » au plus tard le 31 décembre 2022.

Pour conclure, mon regard est plutôt optimiste sur notre jeunesse. Elle est mobilisable lorsqu’il s’agit de s’approprier des combats contre des injustices. Elle sait s’organiser et lutter efficacement. Et même si une grande partie ne veut pas aller voter, cela ne veut pas dire qu’elle tourne le dos à la vie démocratique, puisqu’elle parvient quand même à s’exprimer et imposer ses thèmes.

Ahmet Polat pour Jeunesses de France, le 03 janvier 2022.

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