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Le charme « discret » du volcan

PROPOS SUR L’ENVIRONNEMENT

Fascinants, respectés, sacralisés ou effrayants, les volcans tapissent ponctuellement les plateaux continentaux terrestres. Le 19 septembre dernier l’île de La Palma aux Canaries est sous le feu d’une éruption du Cumbre Vieja, les coulées de lave du volcan de point chaud ont recouvert 1000 hectares de maisons et de champs au plus grand désarroi des locaux. Encore aujourd’hui le volcan émet de la lave et paralyse l’activité interne du pays mais également son secteur clé : le tourisme.  

Le volcan est en volume difficile à ignorer et en réalité il n’a jamais fait l’objet d’indifférence. Il est en fait déjà culturellement très ancré dans les représentations et croyances de nombreuses sociétés. Au-delà de son image imposante et impressionnante, les volcans forment dans bon nombre de pays où ils sont présents de reliefs volcaniques structurants politiquement et économiquement.  

Pline le Jeune dans sa lettre à Tacite raconte l’éruption du Vésuve à Pompéi et Herculanum en 79. Le caractère brutal de cette catastrophe naturelle et la capacité du volcan à effacer une ville de la carte tout en causant la mort dans d’atroces souffrances de 15 000 personnes l’ont fortement marqué. 

Historiquement cet événement a façonné une méfiance vis-à-vis de cette structure géologique. Le volcan n’est pas seulement l’objet du danger il est aussi celui de la mythologie et a abrité des dieux comme Vulcain chez les Grecs. Cette entité est personnifiée, elle passionne les sociétés chez les Chagas de Tanzanie, où le Kilimandjaro et les trois volcans qui l’entourent sont les personnages principaux d’histoires païennes. Ainsi le Kibo (un de ses trois cônes associés) aurait donné un coup de pied dans le Marwenzi (son voisin) tant il l’énervait. Les volcans présentés sous forme presque divine sont parfois des monstres, parfois l’incarnation géologique du diable. Cependant ils ne revêtent pas que le costume du méchant et sont aussi sacrés et écoutés par les sociétés. Le cas très évocateur du Kalta en Islande en 939 nous montre que les Islandais ont délaissé le paganisme pour une croyance plus monothéiste. Il a été le vecteur du changement tant sa place dans la croyance était incontournable, l’éruption de ce stratovolcan a été tellement dévastatrice qu’il a semblé judicieux au peuple de vénérer un nouveau dieu, comme un nouveau départ après le chaos. Effectivement si l’entité volcan a été autant analysée par le passé par les populations, c’est qu’elle influe durablement sur son environnement et avec une intensité remarquable. Sa place dans l’imaginaire collectif est encore prégnante comme au Japon où le mont Fuji est un sanctuaire, un lieu de pèlerinage. Un univers spirituel est accroché à ce volcan où de nombreux croyants cherchent une forme de sérénité ou un lien avec la divinité en arpentant les chemins du mont.  

Dans un second temps cette entité est un modulateur dans l’économie, elle peut être un atout comme une menace, bien que son influence reste indéniable. Le pire a été vécu avec l’éruption plinienne du Krakatoa en Indonésie au 19ème siècle où près de 35 000 personnes sont décédées, des parties de l’île de Sumatra et de Java ont été rasées, des tsunamis ont frappé les côtes de plein fouet et tout emporté sur leur passage. Munch décrit dans son tableau « Le cri » ce panache de feu, de fumée et de cendres qui teinte le ciel, effectivement l’albédo des nuages s’est modifié, le panache éruptif dans l’atmosphère a fait baisser la température de 0,18° à 1,3° degrés l’année qui a suivi. Les villages colons, les forêts et la riziculture ont été endommagés durablement, déséquilibrant à l’époque fortement l’administration néerlandaise qui gouvernait l’Indonésie. Ces éruptions ne dévastent pas seulement, elles sont parfois un obstacle, un frein, les nuées ardentes et fumées monopolisent l’espace céleste, bloquent les transports aériens et les communications, et causent pour une durée parfois longue le déplacement de population où l’arrêt d’activités sur terre. Derrières ces catastrophes on pourrait discerner une fatalité qui pèse sur les riverains du volcan mais cette réalité est erronée tant ils peuvent apporter. Jacques Marie Bardintzeff, le volcanologue explique que ces derniers sont parfois le support d’une économie locale, de système de production clés. L’exemple des terres fertiles, les cendres volcaniques recomposent les territoires et leur apportent des nutriments supplémentaires dont raffolent les agriculteurs, qui pour certains exercent leur activité spécialement sur les plans de ces géants endormis. Ils sont aussi des fournisseurs de pierres de construction ou bien de minerais comme l’or ou le cuivre au Chili. Ou encore ils fournissent une énergie géothermique utilisée dont on peut mesurer l’importance à l’heure de la transition énergétique.   

Enfin à l’image de notre Plan de Prévention Risque en France, les pays tentent de développer des stratégies d’anticipation, de prévention vis-à-vis des éruptions potentielles. Ces moyens de gestion des risques restent tout de même très liés au niveau de développement du pays et à l’ampleur du phénomène volcanique au sein de ce dernier. L’archipel nippon est situé sur la ceinture du feu et ces derniers ont donc très vite dû apprendre à vivre avec le risque. C’est ainsi qu’à découlé la mise en place d’une politique afin de limiter les dégâts, le volcan devient alors un véritable objet contraignant politiquement, qui oblige à l’adaptation. La cohabitation ne pouvant se faire durablement sainement sans une réelle planification en cas de catastrophe. Le Japon a donc développé dès 1885 l’observatoire météorologique de Tokyo où 17 volcans étaient sous surveillance en 1960. En 1974,  le comité de coordination pour la prévision des éruptions volcaniques apparaît. Ces organisations ont défini cinq niveaux d’alertes dans le cadre de cette prévention pour juguler l’afflux de personnes vers le volcan et organiser des déportations de population. Le premier ministre est directement contacté en cas de danger, et peut faire immédiatement office de relais vis-à-vis de la population pour l’informer. Parallèlement, la société japonaise résiliente a su tirer profit des erreurs du passé et porte une attention particulière à la sensibilisation aux risques volcaniques. Cela passe par de la prévention dans les médias ou à l’école pour les plus jeunes.

 

Ici s’achève notre route des volcans. Leur dangerosité force l’admiration et la crainte, ils sont par leur hauteur et leur puissance un personnage qui ne peut rester dans l’indifférence. Ce dont on se rend compte, c’est qu’au contraire de l’ignorance, ils sont centraux dans l’élaboration de politiques de gestion des risques ou dans le fonctionnement d’économies nationales.

Thomas Bernardon pour Jeunesses de France, le 22 novembre 2021.

https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2015-1-page-143.htm

https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/volcanologie-risquesvolcaniques-441/page/5/

https://www.courrierinternational.com/article/histoire-en-lan-939-un-volcan-convertitlislande-au-christianisme

https://www.cairn.info/revue-pour-2015-1-page-217.htm

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