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Les échecs : une tradition qui s’inscrit dans la modernité

PROPOS SUR LA CULTURE

En cette période de conflits politiques et de crise sanitaire, il est important de se changer les idées. Que cela se fasse à traverse des lectures, des activités physiques ou la télévision. Et dernièrement j’ai été fascinée par la série Netflix Le Jeu de la Dame (Queen’s Gambit de son titre original) adaptée du roman éponyme de Walter Tevis publié en 1983. 

Grâce à cette adaptation j’ai non seulement appris à y jouer mais également voulu me renseigner sur ce jeu ancien et admiré de tous.

Un peu d’histoire :

Le jeu d’échecs possède une histoire longue de plus de 1500 ans. Il est né en Asie entre le IIIe et VIe siècle. Le lieu précis est inconnu, certains débattent sur l’Inde, la Chine ou l’Asie centrale.

Son ancêtre est le Chatrang ou Shatranj, arrivé en Perse au VIe siècle, il est adopté au Moyen-Orient, là où se développera sa forme moderne.   

Enfin, le jeu se fait connaître jusqu’en Europe, et lors de la Renaissance (XIVe – XVIe siècles) se figent les règles modernes.

Depuis son introduction en Europe, ce jeu dispose d’un prestige particulier qui l’a fait devenir « le roi des jeux » en référence à sa dimension tactique et à sa notoriété mondiale. Il a beaucoup inspiré la culture, en particulier la littérature et le cinéma.

Pour conclure ce volet historique, intéressons-nous à la légende la plus célèbre (car il en existe une multitude) sur l’origine du jeu d’échecs :

C’est l’histoire d’un roi des Indes dénommé Balhait ou Shihram qui souhaitait tuer son ennui. À cette fin, il défia quiconque s’y prête à proposer une distraction qui le satisferait, promettant une récompense exceptionnelle le cas échéant. Un sage appelé Sissa lui présente alors le jeu d’échecs  qui rend très enthousiaste le roi. 

En guise de récompense, Sissa demande seulement au souverain de déposer un grain de riz sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l’échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. 

D’apparence modeste, Balhait ne s’était pas rendu compte qu’il venait de signer l’arrêt de mort du royaume, les récoltes ne suffisant pas à s’acquitter du prix de Sissa. En effet, il y aurait sur la dernière case de l’échiquier pas moins de 9 milliards de grains, pour un total de 18 446 744 073 709 551 615 grains (31 fois le PIB mondial de 2014). 

Les règles du jeu : 

Ce jeu de société oppose deux joueurs, l’un jouant les blancs et l’autre les noirs. L’échiquier est composé de 64 cases. Les joueurs jouent à tour de rôle, ne déplaçant les pièces que d’une case à la fois (deux en cas de roque).

Chaque équipe dispose d’un roi, une dame, deux tours, deux fous, deux cavaliers et huit pions. Le but est d’infliger à son adversaire un échec et mat : le roi ne pouvant se déplacer nulle part sans se faire capturer. 

Chaque pièce a une manière spécifique de se déplacer : le pion se déplace d’une case vers l’avant et capture en diagonale ; la tour se déplace en verticale et horizontale du nombre de cases souhaité ; le cavalier se déplacer en L (1 case à droite et 2 cases tout droit et inversement) ; le fou en diagonale et du nombre de cases souhaité ; la dame va où le joueur décide, en horizontale, verticale et diagonale ; et enfin, le roi va également où il le souhaite mais d’une case à la fois. Il n’est pas possible de jouer sur une case occupée par une pièce de son propre camp. Lorsqu’une pièce adverse arrive sur une case occupée par l’adversaire, elle est capturée et retirée de l’échiquier.

Règles spéciales : 

Le Roque : consiste à déplacer en un seul coup le roi et l’une des tours.

La Prise en passant : un joueur joue un pion de 2 cases (possible lors d’un premier déplacement du pion) et ce faisant, évite la confrontation avec un pion adverse.

Le Pat : un joueur ne peut jouer aucun coup légal sans que son roi soit en échec. La partie se termine et elle est déclarée nulle, c’est-à-dire sans vainqueur.

La Promotion : consiste à transformer un pion, au choix du joueur, en dame, tour, fou ou cavalier, lorsqu’il atteint la dernière rangée de l’échiquier (8e pour les blancs et 1re pour les noirs). 

La compétition :

Depuis son origine, le jeu d’échecs fait l’objet de compétitions (dès le VIIIe siècle). Le premier tournoi international de l’époque moderne fut organisé à Londres en 1851, par la FIDE (Fédération internationale des échecs). Et le premier champion du monde est l’autrichien Wilhelm Steinitz en 1886. 

Dû à sa demande de réflexion et de tactique, une partie peut durer plusieurs heures, ce pourquoi dans les compétitions, il est nécessaire de limiter le temps de chaque joueur notamment avec  l’utilisation d’une pendule (ex : 40 coups en deux heures). 

Enfin, il existe également des championnats de Blitz (de l’allemand = « éclair ») qui organisent des parties de 10 minutes par joueur. 

La dimension sociale :

Les échecs n’étaient pas aussi accessibles autrefois qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ce jeu a longtemps été la métaphore du pouvoir monarchique (exercice pour la stratégie militaire), mais son statut social a traversé une évolution révolutionnaire. 

C’est avec Jean-Jacques Rousseau et le grand joueur François-André Danican Philidor que le jeu va symboliquement se démocratiser. Avant de parler de joueurs non nobles, on démocratise les pièces mêmes du jeu : « les pions sont l’âme des échecs » et non les autres pièces ayant des noms liés à la noblesse (Analyse des Echecs, 1749, Philidor). 

Mais l’étape marquante de cette révolution du statut social des échecs est l’école soviétique

Le jeu d’échecs représente les mouvements d’émancipation de l’humanité, et à ce titre, de nombreux révolutionnaires ont été de fervents joueurs : Marx, Lénine ou encore Che Guevara. Démocratisation et rationalité sont les mots-clés de cette révolution. 

Et ce mouvement domine la scène internationale au XXe siècle. Entre la Révolution d’Octobre et l’éclatement de l’URSS, 7 champions sur 11 étaient soviétiques. On y jouait dans les usines, les villages, les écoles. Et Nikolaï Vasilyevich Krylenko, fondateur du mouvement, annonçait : « les échecs sont un instrument de la culture intellectuelle ! Apportons les échecs aux travailleurs ! ». Les villageois pouvaient également s’exercer à la pensée stratégique. 

Alors, l’école soviétique se démarque d’une approche dogmatique réduisant le jeu à des règles rigides et universelles, elle adopte une attitude créatrice l’opposant au style capitaliste. Les échecs sont aujourd’hui exploités pour développer le processus de prise de décision, ou l’élaboration des stratégies appliquées en politique et en économie, même pour le développement personnel. 

Après la dislocation de l’URSS, des joueurs ont voyagé jusqu’en Occident. En 1970, l’américain Fisher joue contre Karpov. 

Aujourd’hui l’école soviétique est un patrimoine culturel non négligeable en matière d’échecs. Elle vise l’élitisme pour tous en des temps où la superstition, la paresse intellectuelle et le découragement se diffusent. Elle prônait une culture de la pensée stratégique politique, artistique et philosophique. 

Ainsi, le jeu d’échecs est l’exemple de la tradition qui s’inscrit dans la modernité. Accessible à tous, pour toute génération, de toute origine, il suffit de connaître les règles du jeu. 

Aujourd’hui nous pouvons apprendre à travers des livres. Il est même possible de jouer en ligne, contre un ordinateur ou un joueur. Il existe également des applications ou encore des sites pouvant vous apprendre à jouer, avec des leçons, des vidéos, des défis. Des lives sont également disponibles pour regarder en direct des joueurs faisant une partie. Et vous, vous jouez aux échecs ? 

Linh-Siêu LÊ pour Jeunesses de France, le 29 novembre 2021.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Échecs#Compétition
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chatrang
https://fide.com
https://www.chess.com/fr

https://fr.wikipedia.org/wiki/Garry_Kasparov

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