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Les parcs zoologiques face à leurs polémiques

PROPOS SUR L’ÉCOLOGIE

Je devais avoir trois ou quatre ans. Pour la première fois de ma vie, ma famille décida de m’emmener au Zoo Safari de Thoiry. C’était avec des étoiles dans les yeux que je découvrais ce lieu atypique où je pouvais admirer toute sorte d’espèces animales sauvages, que j’avais l’habitude de contempler dans des livres d’images. Panda roux, léopards des neiges, macaques… tous me passionnaient ; et par chance mes grand-parents habitaient à Thoiry même, j’avais donc la possibilité d’y aller très souvent. C’est ainsi que ma passion pour les animaux est née ; si bien qu’à l’âge de 6 ans, j’avais l’espoir d’un jour devenir directeur de zoo. 

Les années passèrent, ce rêve d’enfant trottait toujours dans ma tête. Mais, l’an dernier, alors que j’étudiais en classe préparatoire afin d’intégrer une grande école de commerce, tout fut remis en question. Le thème choisi en philosophie pour l’année 2021-2022 fut « l’animal », un choix qui me réjouis à première vue, mais qui bouscula ma vision des parcs zoologiques. En effet, cette année, bien qu’elle me permit d’agrandir mon savoir autour des espèces animales, vint surtout écraser la merveilleuse vision des parcs zoologiques que j’avais enfant. C’est en étudiant des écrivains comme Boris Cyrulnik ou Marguerite Yourcenar que je compris que les parcs zoologiques faisaient face à de nombreuses controverses.

Il me fallait donc revenir à l’essence même des parcs zoologiques afin de mieux pouvoir comprendre si aujourd’hui leurs activités sont à déplorer. Pour cela, je me suis appuyé sur Olivier Razac, qui dans son livre l’Ecran et le Zoo, explique que les trois fonctions principales d’un zoo: en apprendre plus sur les espèces animales et diffuser ce savoir aux gens, protéger et conserver les espèces menacées, et pour finir apporter un spectacle « exotique » incroyable aux visiteurs. Ces trois fonctions aujourd’hui rencontres chacune leurs polémiques et c’est pour cela que les parcs zoologiques sont fortement remis en question aujourd’hui, dans une société dont les idées progressent à propos du bien-être animal.

Revenons à la première fonction des zoos, la découverte et la diffusion du savoir scientifique des espèces animales et prenons en exemple le lieu que l’on pourrait qualifier de premier parc zoologique moderne: la Ménagerie du Jardin des plantes située à Paris. Fondé en 1794, elle est l’héritage de Georges-Louis Leclerc de Buffon, naturaliste de renom, qui, pendant plus de trente ans, utilisa cet espace afin d’enrichir son savoir animal car c’était le seul endroit où il pouvait admirer et examiner des espèces sauvages de très près. Grâce à ce parc, Buffon écrivit de nombreux ouvrages connus universellement comme l’Histoire naturelle, qui inspirèrent de nombreux scientifiques à travers le monde tels que Charles Darwin ou Jean-Baptiste Lamarck, démontrant l’impact positif que pouvait avoir les zoos à l’époque. 

Bien que de nos jours, les parcs zoologiques diffusent leur savoir scientifique aux visiteurs (via les pancartes informatives ou les soigneurs), ils ne sont plus du tout le lieu de découvertes scientifiques. Tout d’abord, d’un point de vue biologique puisque les espèces présentes dans les parcs sont bien connues du monde scientifique, mais aussi d’un point de vue éthologique car les animaux présents dans les zoos sont majoritairement nés en captivité et ne témoignent que de faibles comportements naturels. C’est pour cela que face à leur faible intérêt scientifique, les parcs zoologiques font face à leur première controverse.

Si le faible intérêt scientifique des parcs zoologiques est en réalité très problématique pour la légitimité de leurs activités, la véritable polémique actuelle se trouve au sein du bien être animal et du « sordide » spectacle présenté par les zoos. En effet, à travers l’histoire, les espèces animales, par leurs ressemblances et différences, n’ont cessées d’intriguer les civilisations, et celles-ci ont toujours eu le goût de les donner en spectacle: les jeux romains, les corridas, les courses hippiques… Tous ces événements, qu’on les déplore ou non (il ne s’agit pas ici de faire de jugement de valeurs, mais plus d’énoncer des faits), sont des spectacles que les Hommes aiment regarder malgré que ceux-ci ne respectent pas les volontés et le bien être des animaux.

Ainsi, face au changement actuel des pensées vis à vis de la question du bien-être animal, les parcs zoologiques sont aujourd’hui très controversés. Les affaires comme celles du zoo du Bouy en 2015 (le directeur du parc fut accusé de maltraitance animale et de trafic d’espèces protégées) sont malheureusement nombreuses à travers le monde, et certains activistes, comme Hugo Clément, pointent donc du doigt les parcs. Mais au lieu de simplement fustiger et critiquer les zoos sur leurs activités, il faut tenter de comprendre leur réelle culpabilité. Certes, certains zoos font preuves d’activités condamnables et il faut les condamner. Certes, certains zoos privilégient le spectacle et la renommée, présentant des espèces peu connues ou très rares, mais délaissant le bien être de leurs individus. Pourtant, généraliser ces activités à l’ensemble des parcs zoologiques n’est pas juste. De nombreux parcs comme celui de Sainte-Croix, privilégie de grands espaces pour leurs individus et se limite à moins d’espèces et d’individus au sein des enclos afin de leur donner le meilleur confort de vie. Surtout, ils favorisent la protection des animaux et leur conservation. 

Voici la raison d’exister de certains parcs zoologiques et qui leur donne leur légitimité. Rappelez vous la deuxième fonction principale du zoo : protéger et conserver les espèces animales. Le braconnage, la destruction de leurs habitats, et les activités humaines mettent en danger de nombreuses espèces et les parcs zoologiques sont de lieux de protections pour celles-ci via différentes actions. Tout d’abord, grâce à la protection des derniers individus des espèces (la vie en captivité multiplie aux alentours de deux fois l’espérance de vie des espèces), mais aussi en favorisant la reproduction de ces espèces afin d’augmenter leur population mondiale (la naissance de bébés pandas au zoo de Beauval est une aubaine pour l’espèce), mais surtout en relâchant des individus dans leurs habitats naturels afin de repeupler les groupes locaux (l’an dernier le zoo de Thoiry a relâché par exemple un groupe de jeunes bisons d’Europe en Azerbaïdjan).

De plus, les parcs zoologiques peuvent développer des activités de conservation afin d’aider à la protection mondial des espèces animales via des récoltes d’argent pour des organisations, des partenariats avec la WWF, des journées de sensibilisation pour les enfants… 

C’est en cela que doit résider l’essence des parcs zoologiques, dans l’amour des animaux, la protection des espèces et la sensibilisation des populations. Les parcs zoologiques face à leurs polémiques sont en mutation afin de répondre aux attentes, et ceux qui ne changent pas leurs comportements vis à vis des controverses et du bien-être animal sont à dénoncer. Cependant, ce n’est pas le cas de tous, et il faut encourager les bonnes initiatives au lieu d’essayer d’absolument les condamner. Les fonctions principales des parcs resteront toujours les mêmes, il s’agit simplement de déplacer l’importance sur la bonne fonction: centrer leurs activités sur la conservation et la protection des espèces tout en continuant d’apporter un savoir scientifique aux visiteurs et leur procurer le spectacle merveilleux de pouvoir contempler ces espèces animales dans le plus grand des bien-êtres.

Face à la crise des parcs zoologiques, il s’agit du devoir de chacun de condamner les mauvaises pratiques et d’encourager les bonnes activités, afin de lutter pour le bien-être et la conservation de nos petites boules de poils.

Hugo Gaviard pour Jeunesses de France, le 8 novembre 2021.

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