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Politique et divertissement : modernisation ou discrédit du discours politique ?

PROPOS SUR LES MÉDIAS

La prochaine élection présidentielle se précise au cours des semaines et on peut s’apercevoir au quotidien de la mise à exécution des campagnes des candidats. Cette opération se fait principalement à l’aide de différents vecteurs pour atteindre un public comme la communication dans les médias traditionnels : interviews, débats… La visibilité d’un candidat et plus largement d’une figure politique est décisive dans l’entretien d’une base électorale mais également l’attraction d’un nouvel électorat.

Dans un monde toujours plus connecté, le politique est encore plus proche du citoyen. Internet et les réseau sociaux ont permis dans un premier temps d’avoir la capacité de pratiquer sa propre communication et dans un second d’atteindre un public plus jeune. Si les médias traditionnels (radio, télévision, journaux) ont encore leur gravité dans le jeu politique, d’autres moyens de communication sont nés et exploités. Jean-Luc Mélenchon en est l’exemple le plus parlant, cumulant plus de 500 000 abonnés sur sa chaîne YouTube avec laquelle il communique chaque semaine. Tous les partis se sont aventurés sur YouTube après avoir assimilé la taille de cette opportunité. Twitter représente également ce nouveau moyen déclaratif instantané pour les politiques. Si YouTube et Twitter dans une moindre mesure sont initialement pensés comme des moyens de divertissement, on peut réaliser une association quasi-naturelle : politique et divertissement.

La pratique de mélanger divertissement et politique ne date pas d’internet mais des années 1980, le talk-show représente l’idée d’une émission récréative où des hommes politiques peuvent être invités. Internet a simplement transformé cette recette pour la rendre d’autant plus accessible.

Pour cause, l’accessibilité dans le divertissement pourrait bien être la clé à la réhabilitation du discours politique ou au contraire la source de son discrédit. Aujourd’hui le public semble plus intéressé par la séduction que de la figure réthorique de l’homme politique, cela se remarque dans les méthodes utilisées par les politiques. Le sociologue Erik Neveu évoque une modernisation de la figure politique à travers son apparition dans le divertissement audio-visuel, le personnel politique est perçu comme plus accessible, on s’imagine se frotter à la vraie personnalité du candidat. Ainsi, le candidat se rend plus appréciable ou détestable, le résultat permet d’avoir plus de visibilité. Jean Messiah, ancien adhérent du Rassemblement National a fait le choix de devenir chroniqueur dans l’émission de Cyril Hanouna afin de se construire une notoriété : mission accomplie puisqu’il est source de nombreuses réaction sur internet suite à ses interventions. Le président sortant, Emmanuel Macron, a adressé une invitation à deux vidéastres Mcfly et Carlito. La vidéo était un « concours d’anecdotes » dans un salon de l’Élysée, cette émission bien qu’à visée divertissante fut interprétée comme un véritable coup médiatique du président afin de s’affirmer en tant que « président des jeunes ».

Néanmoins il est intéressant de ne pas s’arrêter aux apparences et d’adopter un regard critique afin de faire le meilleur choix possible entre les candidats. Les programmes ont une importance capitale face aux personnalités et aux aspects de la vie privée des candidats. Il est évident que la politique doit adopter des méthodes non-conventionnelles afin de communiquer avec le plus grand nombre, les décisions politiques ont des enjeux nationaux et internationaux. Mais, c’est un jeu dangereux que de se conformer aux formes médiatiques et de s’accrocher à une forme de spectacularisation qui pourrait causer une dépolitisation du discours ; c’est-à-dire accorder plus de place aux médias dans la décision politique des citoyens qu’ils ne devraient en avoir, particulièrement le divertissement : les politiques ne sont pas des acteurs.

Marcus Cerclaeys pour Jeunesses de France, le 11 octobre 2021.

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