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Une guerre des étoiles peut-elle se produire ?

PROPOS SUR LA GÉOPOLITIQUE

La question paraît naïve mais elle est révélatrice d’enjeux et de tensions multiples. Les intentions belliqueuses sont certes bridées par le droit international et les nombreux accords signés entre grandes puissances spatiales
Toutefois, des conflits indirects font de plus en plus de bruit au cœur de ce havre de paix qu’est l’espace, à des milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes.  

Thomas Pesquet décollait le 23 avril dernier pour l’ISS (Station Spatiale Internationale) à la suite d’une tournée des plateaux télé, afin de présenter le contenu de sa future mission spatiale longue de six mois. Sa carrière suscite de l’admiration et du respect au sein de l’opinion publique, il exerce son métier au sein de l’ISS, symbole de collaboration entre les pays.
Ces réjouissances cacheraient presque les annonces datant de 2019 faites par Donald Trump et Emmanuel Macron : la mise en place par la France et les Etats-Unis de commandements de l’espace. Nous développons en effet à Toulouse une armée de l’espace forte de 200 hommes, quand les américains développent de leur côté l’US Space Force. Ces mesures sont loin d’être anodines, elles témoignent d’un climat d’incertitude qui inquiète nos dirigeants.  

L’espace extra-atmosphérique était auparavant un champ réservé aux affrontements de super-puissances à l’image de la Guerre Froide, mais il rassemble aujourd’hui puissances occidentales et puissances émergentes dans une lutte complexe.  

L’occupation de l’espace se fait par des satellites dont 50% sont américains, quand forces russes et chinoises atteignent péniblement à elles deux les 23%.
Au cours de la Guerre Froide, la Russie frappée par la crise économique n’avait pu suivre sous les gouvernements Khrouchtchev et Gorbatchev l’impulsion américaine. Cette avance technologique et scientifique américaine se retrouve encore aujourd’hui, grâce aux copieux financements publics dont bénéficie la NASA. Les États-Unis dédient en effet 35 milliards d’euros à l’aérospatiale, quand l’agence spatiale européenne avec l’aide du CNES et de la DLR allemande parvient à dégager 10 milliards d’euros. La Russie et la Chine se retrouvent en queue de peloton avec des investissements s’élevant autour des 5 milliards d’euros à elles deux.

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une nouvelle guerre des étoiles, le New Space s’oppose désormais au Old Space, l’industrie spatiale, l’exploitation de l’espace extra-atmosphérique se conçoit d’une nouvelle manière. Désormais, l’espace est devenu un enjeu géostratégique et géopolitique au-delà des stratégies belliqueuses. La transmission des communications, la possession d’informations ou d’images sont des trésors qui attirent.  

La rivalité entre les Soviétiques et les Américains pendant les années 60 dans la course à l’espace, ou encore leurs tirs de missiles antisatellites entre 1958 et 1962 ont mis en avant la nécessité de clarifier la nature de cette conquête des étoiles. Il existait une ambiguïté et des incertitudes concernant les réelles intentions des protagonistes, le flou législatif inquiétait et a obligé la communauté internationale à établir un cadrage. En 1963 l’ONU encourageait une utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique mais c’est avec le traité de l’espace de 1967 que des lois commencèrent à véritablement régir cette région de l’univers, avec entre autres une interdiction de détournement à des fins militaires de la Lune. Grâce à ces initiatives internationales la situation s’est relativement apaisée et le nouvel El Dorado a retrouvé le calme qu’il affichait auparavant.  

Envoyer des navettes dans l’espace, des fusées, des satellites est un label de savoir technologique et d’efficacité des industries stratégiques, comme l’expliquait au micro de France Télévision Alain Dupas en 2013, chargé de mission au CNES.
C’est l’image que va renvoyer le pays qui importe désormais, cette construction ou cette consolidation du soft power est primordiale pour les nations. L’espace est donc un enjeu de puissance de premier plan puisque sa maîtrise et son exploration sont symboles de prestige. On peut citer l’exemple des Émirats Arabes Unis, qui le 9 février dernier sont entrés dans l’histoire après avoir envoyé leur sonde Al-Amal autour de l’orbite martienne. C’est un exploit pour l’agence spatiale créée en 2014 par Mohamed Ben Zayed et Mohamed Al Maktoum, l’émir et le premier ministre désirent montrer la puissance de l’émirat et ainsi s’affirmer sur la scène internationale.
Le premier satellite 100% brésilien nommé Amazone lancé depuis l’Inde le 28 février 2021 1 marque une fois de plus la croissance de l’intérêt des puissances émergentes pour la conquête de l’espace. La possession d’une industrie aérospatiale efficace est valorisante et valorisée. Les ambitions affichées par les puissances spatiales ne sont pas guerrières, elles cherchent surtout une caution morale auprès de projets de recherches scientifiques afin de masquer leurs intentions géostratégiques.  

Cependant, là n’est pas le débat, et l’idée d’un conflit au sens strict du terme effraie. Revenons au 23 mars 1983 et au discours du président Ronald Reagan concernant la mise en place de son bouclier anti-missiles. Cette décision est révélatrice d’une peur de l’embrasement des relations. La force de frappe militaire et les avancées technologiques sont telles qu’elles inquiètent, les vieux démons du passé sont toujours présents, envoyer des fusées revient au même processus qu’envoyer un missile intercontinental.  

En 2018 la ministre française des armées Florence Parly déplorait une tentative d’espionnage de son satellite Athena Fidus par un satellite russe, qui se serait rapproché de beaucoup trop près, éveillant des soupçons de tentative d’espionnage de télécommunications. C’est une guerre au départ très subtile, et indirecte car seuls des machines s’interposent.
Par conséquent la France et Macron ont réagi en créant une armée de l’espace, et également en annonçant le futur équipement de leurs satellites militaires de lasers de brouillage, de mitraillettes et de caméras de surveillance. Dorénavant les satellites pourront se défendre face à des situations douteuses et face à des attaques extérieures.  

La tension continue de monter avec les tirs de missiles antisatellites qui pullulent, en 2007 la Chine pulvérisait un de ses satellites et créait près de 3000 déchets dans l’espace. La mission indienne : Shakti, aux objectifs semblables a été très mal reçue par la communauté internationale en mars 2019. Plus récemment encore, les russes en avril 2020 ont une fois de plus réitéré un tir de missile sur l’un de leurs satellites, cela a fermement agacé les USA, « le test antisatellite de la Russie démontre que les menaces contre les systèmes spatiaux américains et alliés sont réels, sérieuses et croissantes » a déclaré John Raymond, chef des opérations spatiales à l’US Space Force.  

Jouer avec le feu c’est ce que font les puissances spatiales et la brûlure pourrait laisser des traces, ces actions sous-entendent une puissance militaire et justement c’est cette puissance qui est terrifiante, les pays sont dépendants des satellites, ainsi en neutraliser plusieurs pourrait paralyser durablement des pays entiers. Au-delà de la simple volonté de dissuasion par l’arme nucléaire ou par le développement de l’aérospatiale, les protagonistes sont conscients de la menace qui plane dans l’atmosphère.  

Une guerre des étoiles peut-elle se produire ?  

Les scénarios les plus pessimistes évoquent ce type de guerre, mais encadrée dans un premier temps par la législation internationale. L’engrenage d’une guerre militaire de ce type mettrait trop en danger les sociétés, les industries, les économies et les territoires ; et c’est pourquoi la guerre paraît improbable. Cette pente est cependant très glissante, les provocations et réactions s’enchaînent entre puissances émergentes et puissances occidentales, ce qui laisse perplexe quant à la perpétuité du calme extra-atmosphérique.  

Thomas Bernardon pour Jeunesses de France, le 24 mai 2021.

https://www.rse-magazine.com/Quelle-loi-pour-le-domaine-spatial-Une-analyse-parPierre-Stanley-Perono_a4271.html

https://www.francetvinfo.fr/monde/pourquoi-les-pays-emergents-se-lancent-dans-laconquete-spatiale_450728.html

https://www.france24.com/fr/éco-tech/20210209-cette-mission-sur-mars-permet-auxémirats-de-se-révéler-autrement-aux-yeux-du-monde https://major-prepa.com/geopolitique/conquete-espace-enjeux/ https://www.contrepoints.org/2017/09/09/298312-new-space-quest-cest 

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/09/07/paris-revele-une-tentative-despionnage-russe-sur-un-satellite-franco-italien-en-2017_5351908_3210.html https://www.france24.com/fr/20190618-inde-station-spatiale-2030-espace-sivan-lune 

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifiqueemission-du-jeudi-08-avril-2021

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